La course à pied n’est plus seulement l’apanage des sportifs amateurs ou des athlètes confirmés. Aujourd’hui, elle s’impose comme une véritable habitude au sein de la classe politique. Mais pourquoi cet exercice séduit-il autant les élus ? Entre hygiène de vie, gestion du stress et stratégie de communication, le running s’impose comme leur activité fétiche. Décryptons cette tendance, entre performance sportive et symbolisme politique.
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Pour eux, courir, c’est s’équilibrer
Il est 7 heures du matin. Devant l’Assemblée nationale baignée dans l’air glacé d’un matin d’hiver, le député LR Fabien Di Filippo démarre sa montre connectée. Sous ses pieds, les rues parisiennes deviennent son terrain de jeu. 15 kilomètres sur les quais de Seine, en duo avec Laurent Wauquiez, pour attaquer une nouvelle journée rythmée par des débats politiques.
Fabien Di Filippo, également champion de France des élus en cyclisme, ne cache pas les bienfaits de cette routine :
« La politique, c’est un engagement qui peut tout cannibaliser. Pourquoi ne pas équilibrer cela avec une activité saine ? », confie-t-il avec le sourire.
Les exemples ne manquent pas pour illustrer à quel point les élus adoptent cette philosophie de vie. Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, avait déjà popularisé le concept en 2006, se laissant photographier en tenue de sport. Depuis, courir est devenu presque un marqueur d’identité, voire un antidote à la pression.
La course à pied : un miroir des épreuves
Du marathon aux élections : le parallèle évident
Pour plusieurs élus, le marathon est une métaphore parfaite de la politique. Prenez Karim Bouamrane, maire socialiste de Saint-Ouen. Avec ses 60 kilomètres d’entraînement hebdomadaires et des participations régulières aux grandes courses (comme le marathon de Paris), il compare aisément les deux :
« Un marathon, c’est comme une élection. Il faut de la résilience, une vision claire et la détermination de franchir la ligne d’arrivée. »
Cette philosophie est partagée par David Lisnard, maire de Cannes, qui court quatre à cinq fois par semaine :
« Courir fait partie de moi, c’est une évidence. Cela forge le caractère, permet de surmonter les obstacles et d’apprendre à se connaître avec humilité. »
Pour ces élus habitués aux journées marathon entre débats, déplacements et prises de décision, la course devient un exutoire, voire un outil d’introspection. Pendant ces moments de solitude rythmés par leurs foulées, certains affirment résoudre des problèmes complexes ou générer leurs meilleures idées.
Une discipline pour mieux déconnecter
Dans un milieu où les tensions ne sont jamais loin, les politiques ne jurent que par la course à pied pour souffler et se recentrer. Virginie Duby-Muller, députée LR de Haute-Savoie, y voit un moyen de se soustraire à un quotidien sédentaire :
« Le running, c’est l’activité la plus accessible. Pas besoin de matériel compliqué, juste une paire de baskets et un chemin. Ça vide la tête. »
Le député Mathieu Lefèvre, habitué des sorties matinales près du bois de Vincennes, partage cet avis :
« Courir permet de me sortir le nez du guidon. C’est le moment où je suis sans téléphone, où je peux vraiment réfléchir. »
Hygiène de vie : une priorité
Les contraintes de la vie politique (sessions de nuit, déplacements constants, repas sur le pouce) ne sont pas toujours synonymes de bonne santé. Astrid Panosyan-Bouvet, ministre du Travail, trouve dans la course une solution salutaire pour rééquilibrer son mode de vie :
« Nous avons des rythmes intenses, souvent mauvais pour notre santé. Le running, c’est ma parenthèse le week-end, un moyen de maintenir une hygiène de vie. »
Même constat du côté de la députée communiste Elsa Faucillon, qui avoue attendre ces moments avec impatience :
« Après une semaine de séances de jour et de nuit, un footing me fait un bien fou. C’est une décompression totale ! »
Courir pour séduire : la dynamique des réseaux sociaux
Si courir est d’abord un choix personnel, certains politiques y trouvent aussi une opportunité de communication décalée. Karim Bouamrane l’admet :
« Je ne cours pas pour l’autopromotion, mais j’utilise parfois ces sorties pour partager des messages ou des réflexions avec mes abonnés. »
De son côté, Gabriel Attal explore même de nouvelles stratégies pour inscrire son engagement sportif dans les réseaux sociaux. En rejoignant Strava, une application prisée par les runners, il envisage d’organiser des rencontres sportives ouvertes au public :
« L’idée, c’est de donner rendez-vous à des coureurs pour partager un moment différent. »
Mais tous ne sont pas convaincus. David Lisnard, fidèle à sa discrétion, voit cela d’un œil critique :
« Courir, c’est personnel. En faire un outil de communication, c’est risqué. »
Pourquoi la course fascine encore et toujours ?
En deux décennies, la course à pied est passée de simple activité physique à un véritable phénomène culturel, transcendé par l’engouement post-Covid. Aujourd’hui, 8 millions de Français courent au moins une fois par semaine.
La simplicité de ce sport est sans doute son plus bel atout. Accessible à tous, il ne nécessite qu’un minimum d’équipement. Mais sa vraie force réside dans ce qu’il symbolise : persévérance, dépassement de soi et résilience. Des qualités intrinsèques que les politiques cultivent aussi dans leur quête de réussite.
Courir, un pari politique gagnant ?
Que ce soit pour gérer leur stress, améliorer leur bien-être ou renforcer leur image publique, la course à pied séduit un nombre croissant de personnalités politiques. Ce sport universel leur offre un exutoire face à la pression et devient une forme discrète de leadership : il inspire leur entourage tout en les aidant à tenir le rythme d’une vie souvent frénétique.
Alors, la prochaine fois que vous enfilez vos baskets, rappelez-vous : chaque foulée est une occasion de se dépasser… que ce soit sur les quais de Seine ou dans les urnes. 🏃♂️





















